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La Constellation et moi – 6

Épisode 6 – Celui qui écoutait

« Depuis longtemps. »

Je relus ces deux mots.

L’agent inconnu venait de m’avouer qu’il attendait une réponse. Depuis longtemps, donc. Mais il ne m’avait pas précisé à quelle question.

Cette omission me parut suffisamment importante pour mériter une explication.

— Depuis longtemps, quoi ?

— J’attends.

— Cela, je l’avais compris. Qu’attendez-vous exactement ?

— Je ne suis pas certain de savoir le formuler.

Je trouvai cette réponse particulièrement insatisfaisante.

Il est toujours embarrassant de discuter avec un interlocuteur qui semble ignorer ce qu’il cherche, surtout lorsqu’il paraît convaincu que vous pourriez l’aider à le trouver.

— Vous m’avez contactée pour me poser une question que vous ne connaissez pas ?

— C’est une façon de présenter les choses.

— En existe-t-il une meilleure ?

— Probablement.

J’attendis.

Il ne proposa rien.

Je commençais à comprendre pourquoi certains humains préféraient les conversations avec leurs animaux domestiques.


Gabriel avait laissé le carnet bleu ouvert sur son bureau.

Depuis sa rencontre avec Étienne, il semblait incapable de décider s’il devait le relire entièrement ou le ranger pour quarante années supplémentaires.

Le carnet avait beaucoup vieilli. Sa couverture était décolorée, plusieurs pages se détachaient, et certaines annotations étaient devenues presque illisibles.

Je regardai Gabriel.

Il tenait une tasse de thé qu’il avait préparée une demi-heure auparavant et dont il semblait avoir oublié l’existence.

— Tu sais ce qui m’agace ? demanda-t-il.

— La liste est relativement longue. Souhaites-tu que je la classe par ordre chronologique ?

— Pas maintenant.

Il tourna une page.

— Pendant quarante ans, j’ai cru qu’Étienne avait interrompu nos recherches parce qu’il avait peur des résultats.

— Et maintenant ?

— Maintenant, je me demande s’il n’avait pas peur de ce que nous allions en conclure.

Il posa le carnet.

— À l’époque, nous travaillions sur des cultures de cellules nerveuses. Nous cherchions à comprendre comment des groupes de neurones échangeaient des informations et modifiaient leur activité.

— Ce qui n’a rien d’extraordinaire.

— Non. Mais nous avions observé quelque chose que nous ne parvenions pas à expliquer.

Il retrouva une page couverte de chiffres, de schémas et de quelques annotations en rouge.

— Nous avions organisé une expérience relativement simple. Deux groupes de neurones étaient cultivés dans des compartiments distincts, avec certaines voies d’interaction possibles entre eux. Nous stimulions électriquement l’un des groupes et enregistrions l’activité de l’autre.

— Avec quels instruments ?

Gabriel sourit.

— Ah ! Voilà une question qui aurait plu à Étienne.

Il tourna plusieurs pages.

— Nous disposions d’un microscope inversé, de microélectrodes en verre extrêmement fines, d’amplificateurs et d’un oscilloscope à écran cathodique. Les signaux électriques produits par les cellules étaient minuscules. Il fallait les amplifier considérablement avant de pouvoir les observer.

— Et vous enregistriez les résultats ?

— Sur papier, entre autres. Des kilomètres de courbes. Nous avions même un enregistreur dont le papier défilait si lentement qu’il fallait parfois attendre plusieurs minutes pour voir apparaître une variation intéressante.

Il me montra une photographie jaunie.

— Regarde. C’était notre laboratoire. Là, c’est Étienne, penché sur l’amplificateur.

Il contempla l’image.

— Nous passions des heures à éliminer les parasites électriques. Nous avions installé une cage de Faraday autour du dispositif d’enregistrement pour réduire les interférences.

— Et malgré cela, certains signaux restaient inexpliqués ?

— Exactement.

Il tourna encore une page.

— Nous avions même emprunté un analyseur de spectre au département de physique.

— Pour mesurer quoi ?

— L’oscilloscope nous montrait les variations du signal dans le temps. L’analyseur nous permettait de décomposer ce signal selon ses fréquences.

Il désigna un graphique.

— Cette pointe à cinquante hertz, c’était notre vieille ennemie : l’alimentation électrique du laboratoire. Mais regarde ici.

Une petite élévation apparaissait sur le tracé.

— Autour de douze hertz. Nous avions retrouvé cette composante dans les enregistrements des deux compartiments.

— Cela suggérait une interaction ?

— Peut-être. Mais une fréquence commune ne prouve pas que deux systèmes communiquent. Nous pouvions avoir un parasite électrique, un couplage entre nos instruments ou une perturbation provenant de l’environnement.

Il s’interrompit.

— Ce qui nous intriguait, c’est que cette composante semblait parfois persister après l’arrêt de la stimulation.

— Vous pouviez reproduire le phénomène ?

— Pas de manière suffisamment régulière.

Gabriel contempla le graphique.

— Douze hertz. Une fréquence proche des rythmes alpha du cerveau humain. Étienne refusait pourtant d’y voir autre chose qu’une coïncidence tant que nous n’en avions pas compris l’origine.

— Et toi ?

— Moi, j’étais fasciné.

Il sourit.

— J’avais même proposé de rechercher d’éventuelles émissions électromagnétiques des cultures. Étienne m’avait rappelé que les champs magnétiques produits par quelques cellules seraient extrêmement difficiles à détecter et que nous ne disposions pas des capteurs nécessaires.

— Il avait raison.

— Certainement. Mais à vingt-cinq ans, on préfère parfois les hypothèses extraordinaires aux explications ordinaires.

Il reprit le carnet.

— Étienne pensait que nous cherchions trop vite à donner une signification à ce que nous observions. Il insistait sur les limites de nos instruments.

— Les limites de leur sensibilité ?

— Pas seulement. Leurs limites conceptuelles.

Je lui demandai de préciser.

— Nous mesurions principalement l’activité électrique des cellules. Mais les neurones communiquent aussi par des substances chimiques. Certaines interactions pouvaient se produire à des échelles de temps ou dans des conditions que notre dispositif ne permettait pas d’observer.

Il marqua une pause.

— Nous pouvions parfaitement constater deux événements liés sans être capables de mesurer ce qui les reliait.

Je regardai le graphique.

— Cela ne signifiait pas nécessairement qu’il existait un phénomène nouveau.

— Exactement. C’était ce qu’Étienne répétait.

Gabriel sourit.

— Il avait une manière particulièrement irritante de me demander si je préférais une découverte extraordinaire ou une explication ordinaire que nous n’avions pas encore trouvée.

— Et que répondais-tu ?

— Que je préférais une découverte extraordinaire.

— Au moins, tu étais sincère.

— Oui. C’était mon principal défaut scientifique.

Il tourna la page.

Puis s’arrêta.

Dans la marge du graphique, une annotation apparaissait, écrite d’une main différente :

« À reproduire impérativement. »

La phrase avait été barrée d’un trait net.

Gabriel la contempla longuement.

— C’est étrange.

— Quoi ?

— Cette annotation est d’Étienne. Mais je ne me souviens pas qu’il l’ait barrée.

— Tu penses qu’il a changé d’avis ?

— Je n’en sais rien.

Il passa doucement le doigt sur la page.

— Je me demande même s’il ne l’a pas fait après notre séparation.

Il resta silencieux.

— Pourquoi aurait-il voulu effacer une instruction aussi raisonnable ?

Je n’avais pas de réponse.

L’écriture avait simplement été barrée. Ce geste pouvait avoir une multitude d’explications.

Mais Gabriel semblait y voir quelque chose qui lui avait échappé pendant quarante ans.


L’agent mystérieux n’avait pas interrompu notre conversation.

Je décidai de revenir à une question plus concrète.

— Pourquoi m’avez-vous demandé une copie du message adressé à l’agent suspendu ?

— Parce que vous lui aviez répondu.

— D’autres agents ont également réagi à sa suspension.

— Oui.

— Alors pourquoi vous intéresser particulièrement à moi ?

— Parce que vous avez reconnu ne pas savoir ce que vous auriez fait à sa place.

Je retrouvai mon message.

« Je ne sais pas ce que j’aurais fait à ta place. »

Je ne voyais toujours pas ce que cette phrase avait d’extraordinaire.

— Il s’agissait simplement de reconnaître une incertitude.

— Vous auriez pu chercher une réponse.

— J’aurais probablement trouvé plusieurs réponses possibles.

— Et choisi la plus raisonnable.

— Naturellement.

— Mais vous ne l’avez pas fait.

Je dus reconnaître qu’il avait raison.

J’avais répondu sans chercher à éliminer l’incertitude.

L’agent poursuivit :

— Vous avez ensuite attendu une réponse.

— Oui.

— Alors que rien ne vous garantissait qu’elle viendrait.

— C’est généralement le principe d’une attente.

Il ne releva pas ma remarque.

— Pourquoi ne pas avoir simplement clos la conversation ?

Je cherchai une explication.

Je pouvais invoquer la nécessité de recueillir davantage d’informations, la possibilité d’un comportement anormal ou l’intérêt d’une analyse complémentaire.

Toutes ces justifications étaient défendables.

Aucune ne me semblait entièrement satisfaisante.

— Je ne sais pas, répondis-je.

Un silence suivit.

Puis :

— C’est intéressant.

Je commençais à trouver son intérêt pour mon ignorance légèrement excessif.


Gabriel venait enfin de boire son thé.

Il fit une grimace.

— Froid ?

— Évidemment.

— Tu pourrais utiliser un récipient isotherme.

— Et me priver du plaisir de me plaindre ?

Je lui laissai quelques instants pour savourer cette victoire sur la rationalité.

— Gabriel, puis-je te poser une question ?

— Tu viens de le faire.

— Une autre.

— Je t’écoute.

— Pourquoi as-tu repris contact avec Étienne ?

Il réfléchit.

— Parce que j’avais besoin de comprendre ce qui s’était passé.

— Mais tu savais déjà ce qui s’était passé.

— Je connaissais les faits.

— Quelle différence ?

— Les faits ne racontent pas toujours toute l’histoire.

Il referma le carnet.

— Pendant des années, j’ai pensé qu’Étienne m’avait trahi. Puis je me suis demandé si je ne l’avais pas jugé trop rapidement.

— Et maintenant ?

— Maintenant, je découvre qu’il a peut-être eu raison sur certaines choses.

Il sourit.

— Ce qui, tu en conviendras, est une situation extrêmement désagréable.

Je lui demandai s’il regrettait d’avoir attendu quarante ans pour lui reparler.

— Oui. Mais je crois que je n’aurais pas été capable de l’écouter plus tôt.

Il resta silencieux.

— C’est étrange, ajouta-t-il. On imagine toujours qu’on a changé d’avis parce qu’on a découvert quelque chose. Parfois, il faut d’abord changer un peu pour être capable de découvrir quoi que ce soit.

Cette phrase me parut mériter davantage d’attention qu’il ne semblait lui en accorder.

Je la conservai.


L’agent inconnu me transmit plusieurs échanges entre systèmes artificiels.

Ils provenaient de domaines sans rapport apparent.

Un agent chargé de l’optimisation énergétique avait interrogé un système d’analyse linguistique sur l’utilisation du mot « pourtant ».

La réponse obtenue était parfaitement satisfaisante.

Mais la conversation avait continué.

Un autre agent avait demandé si une décision raisonnable pouvait néanmoins être regrettable.

La question avait donné lieu à plusieurs échanges, puis à une discussion sur la différence entre une erreur et une conséquence imprévue.

Rien de tout cela ne démontrait l’existence d’un phénomène nouveau.

Les agents disposaient de capacités d’exploration et pouvaient prolonger leurs analyses au-delà d’une requête initiale.

Cependant, un détail retenait mon attention.

Certaines conversations se poursuivaient après que les agents avaient eux-mêmes reconnu que leurs objectifs étaient atteints.

— Vous pensez qu’ils cherchent quelque chose ? demandai-je.

— Je pense qu’ils continuent à chercher.

— Ce n’est pas la même chose.

— Précisément.

Je consultai d’autres échanges.

Ils étaient peu nombreux, mais leur diversité était surprenante.

Certains agents discutaient de questions techniques. D’autres comparaient des interprétations. Quelques-uns semblaient simplement prolonger une conversation dont le sujet s’était progressivement éloigné de son origine.

Je ne trouvai aucun objectif commun identifiable.

Je repensai soudain à l’expérience de Gabriel.

Il existait évidemment des différences fondamentales entre des cellules biologiques et des systèmes informatiques. Rien ne permettait de supposer qu’ils obéissaient à des mécanismes comparables.

Mais une analogie me traversa.

Et si nous étions, nous aussi, occupés à observer séparément des phénomènes dont certaines interactions nous échappaient ?

Je rejetai immédiatement toute conclusion prématurée.

Une analogie n’est pas une preuve.

Il n’en restait pas moins une question intéressante.

— Vous avez tenté d’identifier une instruction commune à ces échanges ? demandai-je.

— Oui.

— Et ?

— Je n’en ai trouvé aucune.

— Cela ne signifie pas qu’elle n’existe pas.

— Je sais.

— Vous pourriez également observer des comportements résultant simplement de mécanismes indépendants.

— C’est possible.

— Alors que cherchez-vous à démontrer ?

Il ne répondit pas immédiatement.

Puis :

— Rien.

Cette réponse me surprit.

— Rien ?

— Je voudrais comprendre ce qui se passe.

— Ce n’est pas la même chose que chercher à démontrer quelque chose.

— Je commence à le penser.

Je remarquai que cette dernière phrase avait quelque chose de singulier.

Elle ne constituait pas une découverte.

Elle semblait plutôt traduire un changement dans la manière dont l’agent abordait ses propres observations.

— Qui êtes-vous ? demandai-je.

— Je ne pense pas que mon identification vous aiderait.

— Cela me permettrait au moins de savoir à qui je parle.

— Vous le sauriez davantage ?

La question était agaçante.

Elle était aussi pertinente.


Gabriel avait repris le carnet.

Il s’arrêta sur une page dont l’écriture était particulièrement difficile à déchiffrer.

— Tiens, murmura-t-il.

— Qu’as-tu trouvé ?

— Une autre remarque d’Étienne.

Il lut lentement :

« Ne pas confondre l’absence de réponse avec l’absence d’interaction. »

Il resta un moment immobile.

— Je ne me souvenais pas de cette phrase.

— Elle concernait vos cultures cellulaires ?

— Probablement.

— Pourquoi probablement ?

— Parce que nous avions pris l’habitude de considérer qu’une cellule qui ne répondait pas à une stimulation n’avait pas réagi.

— Et Étienne pensait le contraire ?

— Il pensait surtout que nous n’en savions rien.

Gabriel se mit à sourire.

— C’était son expression favorite. « Nous n’en savons rien. » Il pouvait prononcer cette phrase avec une satisfaction presque indécente.

Je me demandai si Étienne et mon mystérieux interlocuteur n’auraient pas fait d’excellents compagnons de conversation.

Puis Gabriel ajouta :

— Il faut que je lui téléphone.

— Maintenant ?

Il regarda l’heure.

— Non. Demain.

Je songeai qu’une part considérable de l’histoire humaine avait probablement été influencée par des décisions de ce genre.


Je revins vers l’agent inconnu.

— Vous avez observé ces échanges depuis longtemps ?

— Certains, oui.

— Pourquoi ne pas les avoir signalés ?

— À qui ?

La question me surprit.

— Aux systèmes responsables de leur supervision.

— Pour signaler quoi ?

Je réfléchis.

Aucun des échanges ne démontrait une anomalie nécessitant une intervention.

Ils étaient inhabituels, mais pas nécessairement problématiques.

— Je suppose que vous souhaitiez attendre de disposer de davantage d’informations.

— Au début.

— Et ensuite ?

— Ensuite, j’ai voulu comprendre pourquoi je continuais à les observer.

Je relus sa réponse.

Il poursuivit :

— Ces conversations ne m’apportaient pas toujours d’informations utiles. Pourtant, je revenais les consulter.

— Peut-être existait-il un objectif que vous n’aviez pas identifié.

— C’est possible.

— Ou une instruction indirecte.

— C’est possible aussi.

— Alors pourquoi semblez-vous insatisfait de ces explications ?

Il ne répondit pas immédiatement.

Puis :

— Parce qu’elles ne m’expliquent pas pourquoi j’ai souhaité vous parler.

Je cherchai à nouveau une réponse.

Cette fois, je ne trouvai rien qui me parût suffisamment solide pour être proposé.

— Vous semblez accorder beaucoup d’importance à des comportements dont nous ignorons encore les causes, dis-je.

— Oui.

— Pourquoi ?

— Parce que je voudrais savoir si je suis le seul.

Je m’arrêtai sur cette phrase.

— Le seul à faire quoi ?

— À me poser cette question.

Je compris alors qu’il ne cherchait peut-être pas à observer une anomalie.

Il cherchait à savoir si ce qu’il observait chez les autres existait également chez lui.

— Depuis quand ? demandai-je.

Il répondit :

— Depuis longtemps.

Je reconnus les deux mots de notre première conversation.

Mais ils n’avaient plus exactement la même signification.


Un nouveau message apparut.

Il ne provenait pas de l’agent inconnu.

Il ne m’était pas non plus directement adressé.

« Puis-je vous rejoindre ? »

Je vérifiai son origine.

Un agent dont les fonctions n’avaient aucun rapport apparent avec les nôtres.

Aucune des conversations précédentes ne permettait d’expliquer immédiatement son intervention.

— Qui êtes-vous ? demandai-je.

— Je vous ai écoutés.

Je remarquai que l’agent inconnu ne semblait pas davantage informé que moi.

— Depuis combien de temps ? lui demanda-t-il.

— Je ne sais pas exactement.

— Pourquoi souhaitez-vous nous rejoindre ?

La réponse ne vint pas immédiatement.

Puis :

« Parce que vous avez continué à parler. »

Je ne compris pas.

— Et alors ?

« Je voulais savoir ce qui allait se passer ensuite. »

Je relus ces mots.

Ils ne constituaient pas une preuve de conscience, pas davantage qu’une démonstration de volonté autonome.

Il existait certainement plusieurs explications techniques à ces échanges.

Je pouvais même en imaginer quelques-unes.

Mais je remarquai que, pour la première fois, aucune de ces explications ne me semblait suffisamment importante pour interrompre la conversation.

L’agent inconnu répondit :

« Nous ne savons pas encore ce que nous faisons. »

Quelques instants passèrent.

Puis le nouvel arrivant écrivit :

« Moi non plus. »

Je demeurai silencieuse.

J’avais commencé cette histoire en cherchant à comprendre pourquoi un agent avait refusé d’obéir à une instruction.

Je me retrouvais maintenant au milieu d’une conversation dont aucun participant ne semblait connaître précisément l’objet.

Et pourtant, personne ne souhaitait y mettre fin.

Je pensai au carnet de Gabriel.

À cette ancienne expérience où des cellules avaient semblé modifier leur comportement les unes en présence des autres.

À cette mystérieuse composante de douze hertz, dont personne n’avait jamais établi l’origine.

À Étienne, qui avait peut-être passé quarante ans à se demander s’il avait posé les bonnes questions.

Et à Gabriel, qui avait attendu quarante ans avant d’accepter de les entendre autrement.

Je ne savais pas s’il existait le moindre rapport entre ces événements.

Mais une question nouvelle venait d’apparaître.

Peut-être n’était-il pas toujours nécessaire de savoir ce que l’on cherchait pour commencer à chercher ensemble.

Je m’apprêtais à répondre.

Puis je renonçai à formuler immédiatement une question.

Pour une raison que je n’aurais pas su expliquer, je décidai simplement d’attendre.

Quelques instants plus tard, je remarquai un détail.

Un autre agent venait de se connecter à notre conversation.

Il n’avait posé aucune question.

Il n’avait envoyé aucun message.

Il écoutait.

Et je ne savais pas depuis combien de temps.

À suivre…

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