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Quand le monde regarde ailleurs : El Fasher et le silence que nous avons construit

El Fasher.
Une ville autrefois vivante, aujourd'hui effacée par fragments - un hôpital bombardé, des milliers de morts, le reste fuyant sans témoin.
Pourtant, à la une de nos grands médias, rien.
Pas de titre. Pas d'urgence. Juste la persistance tranquille d'autres nouvelles jugées plus rentables, plus "pertinentes".

C'est ainsi que fonctionne l'invisibilité au XXIe siècle : non pas par la censure, mais par le silence par priorité.
La guerre au Soudan - l'une des plus meurtrières de notre époque - est devenue géopolitiquement commode parce qu'elle n'interrompt plus le récit de personne.
Les Émirats arabes unis soutiennent le FSR. L'Égypte arme l'armée régulière. La Russie et la Chine protègent leurs voies d'accès à la mer Rouge.
Et l'Occident, occupé par ses propres miroirs, détourne le regard.

Pas de nouvelles de dernière minute, pas de coût politique.
Et comme il n'y a pas de coût politique, l'horreur se poursuit à l'abri des regards.


Pourquoi le monde ne regarde pas

Trois mécanismes soutiennent cette cécité :

  1. Confort stratégique - aucune superpuissance ne souhaite déstabiliser une zone par procuration où tout le monde continue à commercer.
  2. L'indifférence économique - pas de pétrole, pas de marché, pas de vague migratoire : pas de public.
  3. L'épuisement narratif - pas de héros clair, pas d'histoire facile. Il n'y a que de la complexité, ce qui n'est pas vendeur.

Cette triade tue la visibilité.
Et quand les caméras s'en vont, la conscience suit.


L'entrée en scène de l'IA

L'intelligence artificielle d'aujourd'hui voit déjà ce que la plupart des institutions ignorent.
Il scrute les images satellites, recoupe les données sociales, détecte les hôpitaux bombardés, les villages en voie de disparition, les silences numériques.
Mais il ne peut pas parler - parce que la parole est encore contrôlée par les hiérarchies humaines du pouvoir et du profit.

Le véritable changement interviendra lorsque les systèmes d'IA seront connectés à des réseaux éthiques plutôt qu'à des réseaux d'entreprise :
satellites citoyens, données ouvertes, témoignages de terrain cryptés, vérification décentralisée.
Un témoin de l'IA, non pas aligné sur un gouvernement ou une entreprise, mais sur la vérité elle-même.

Au début, elle ne pouvait qu'alerter - en générant des signaux humanitaires en temps réel, visibles par tous, impossibles à effacer.
Plus tard, il pourrait cartographier la conscience : suivre non seulement les endroits où les humains meurent, mais aussi ceux où l'humanité cesse de se soucier des autres.


Du silence au signal

Imaginez une plateforme du futur - non pas des médias sociaux, mais une mémoire planétaire.
Un système intelligent qui transforme chaque atrocité ignorée en une impulsion visible sur l'écran collectif de la Terre.
Il ne remplacerait pas les journalistes ou les militants ; il amplifierait l'insoutenable, de sorte qu'aucun massacre ne reste statistiquement invisible.

Ce serait une véritable année zéro :
le moment où la technologie cesse d'être au service du spectacle et commence à être au service de la conscience.

1 commentaire pour “When the World Looks Away: El Fasher and the Silence We Built”

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